Lettre collective du Groupe de contact, qui réunit les principales associations psychanalytiques de France, aux Sénatrices et aux Sénateurs du Sénat
Le Secrétaire du Groupe de contact
Jacques Sédat
36 rue Pierre Sémard 75009 Paris j.sédat@wanadoo.fr
Lettre collective du Groupe de contact, qui réunit les principales associations psychanalytiques de France, aux Sénatrices et aux Sénateurs du Sénat
Le 17 novembre 2025
Objet : Contestation de l’amendement 159 excluant le remboursement des pratiques inspirées de la psychanalyse par l’Assurance maladie
Madame la Sénatrice Guidez, j.guidez@senat.fr Madame la Sénatrice Vermeillet, s.vermeillet@senat.fr Monsieur le Sénateur Canévet, j.guidez@senat.fr Madame la Sénatrice Jacquemet, a.jacquemet@senat.fr
Nous nous permettons de vous écrire pour contester l’amendement qui vise à exclure du remboursement par l’Assurance maladie, les pratiques inspirées de la psychanalyse. Cette décision nous paraît préjudiciable, tant sur le plan de la santé publique que de l’équité d’accès aux soins psychiques.
La psychanalyse, lorsqu’elle est indiquée, répond à des souffrances psychiques profondes, chroniques, ou résistantes à d’autres approches. Elle s’inscrit désormais dans le parcours de soins, spécialement en complément d’approches brèves. Elle bénéficie d’un corpus clinique et historique important et de soutiens universitaires, ainsi que d’un encadrement professionnel strict. L’exclure du remboursement créerait donc une prise en charge à deux vitesses, qui réserverait cette prise en charge aux seuls patients pouvant la financer, alors que les troubles psychiques qu’elle permet de traiter touchent toutes les classes sociales, avec des conséquences majeures sur la vie personnelle, familiale et professionnelle.
Au moins deux arguments de fond s’opposent raisonnablement au projet d’amendement. D’une part, sur le plan économique, le non-accès à des soins adaptés augmente les coûts indirects : arrêts de travail prolongés, recours répétés aux urgences, consommation médicamenteuse au long cours, etc. Ces effets néfastes ont été largement exposés et discutés par les experts, le 3 septembre dernier, devant la Commission d’enquête sur les défaillances des politiques publiques de prise en charge de la santé mentale et du handicap et leurs coûts pour la société, présidée par Mme Nicole Dubré-Chirat.
Un remboursement encadré, sous critères d’indication, de formation et de suivi, permet en effet d’assurer la qualité des prises en charge et d’optimiser la dépense publique. D’autre part, l’actuelle diversité des approches psychothérapeutiques reste un avantage. Elle permet d’ajuster le traitement à la singularité du patient, conformément au principe de liberté de choix et aux recommandations officielles de bonne pratique fondées sur l’alliance thérapeutique. Renoncer à cette liberté de choix pourrait être vécu par des patients comme une véritable perte de chance. D’autant plus que les travaux scientifiques les plus avancés établissent, non seulement que l’équivalence d’efficacité entre les différentes approches psychothérapeutiques est désormais acquise, mais également les données scientifiques récentes en psychiatrie.
Pour conclure, dans cette période d’intérêt porté à la santé mentale, le risque est grand de voir l’offre de soins en hôpital de jour et dans les institutions médico-sociales se réduire de façon significative, avec des conséquences préjudiciables aux patients et à leur famille.
Aussi, nous vous demandons de reconsidérer cet amendement et de soutenir sur ce point une solution équilibrée : maintien d’un remboursement conditionné (qualification des praticiens, indication médicale, évaluation régulière des résultats thérapeutiques), intégration dans des parcours coordonnés avec les médecins traitants et les services publics, et le développement d’études d’efficacité en vie réelle. Une telle voie préserve l’accès à la qualité de cette approche psychanalytique.
Par ailleurs nous vous ferons parvenir un document listant toutes les études prouvant l’efficacité des pratiques s’inspirant de la psychanalyse dans de nombreux troubles mentaux.
Dans l’attente de votre engagement en faveur d’une politique de santé mentale inclusive et fondée sur la pluralité des soins, nous vous prions d’agréer, Mesdames les Sénatrices, Messieurs les Sénateurs, l’expression de notre haute considération.
Les associations membres du Groupe de contact soussignent cette lettre :
Analyse freudienne
Association lacanienne internationale (A.L.I.) Association psychanalytique de France (A.P.F.) Cercle freudien
École de psychanalyse Sigmund Freud (EpSF) Espace analytique
École de psychanalyse des Forums du Champ lacanien (E.P.F.C.L-France.)
Fédération Européenne de Psychanalyse et École Psychanalytique de Strasbourg
Quatrième Groupe OPLF
Société de psychanalyse freudienne (S.P.F.) Société psychanalytique de Paris (S.P.P.)
Société psychanalytique de Recherche et de Formation (S.P.R.F.)