Arrêtez le massacre ! (2) : le triomphe de la bêtise idéologique

Comprendre les orientations actuelles dans le champ de la souffrance infantile suppose de se pencher sur le discours de certains réformateurs éclairés. Dans ce domaine, il faut reconnaitre que la parole et les interventions de Mme Compagnon sont particulièrement révélatrices.

Pédopsychiatre en CMPP

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"L’ennui avec la sottise, c’est qu’elle ne connaît pas de répit et qu’on ne lui connaît pas de fond" Paul-Claude Racamier

Après avoir abordé les manifestations d’une forme de psychophobie instituée, penchons-nous désormais sur les discours portés et diffusés par certains hauts fonctionnaires, dont le mandat est de réformer et de transformer l’offre, en conformité avec certaines allégeances idéologiques manifestes…

Prenons comme exemple archétypique Mme Compagnon, ancienne déléguée interministérielle pour la stratégie nationale de l’autisme et des Troubles du Neurodéveloppement depuis 2018, qui vient d’être fraichement nommée au collège de la Haute Autorité de Santé. Néanmoins, rassurez-vous Mme Compagnon reste toujours « aux commandes pour remettre au gouvernement la stratégie autisme et TND 2023-2027 avant l’été » - ouf ! on a vraiment eu peur…A titre informatif, le collège de la Haute Autorité de santé est composé de 8 membres, nommés pour 6 ans, et est responsable des orientations stratégiques, de la programmation et de la réalisation des missions confiées par le législateur à cette instance. On peut donc être sûr que Mme Compagnon va faire un travail de qualité pour répandre la bonne parole, imposer normes, interdictions, sanctions, et mettre le soin sous son joug idéologique.

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Mais revenons donc sur le parcours de cette technocrate animée par une foi débordante. Claire Compagnon est juriste de formation, spécialisée en droit de l’industrie et de la santé. Notons d’emblée qu’elle n’a aucune compétence scientifique ou médicale. Suite à cette formation initiale, elle a pu occuper des postes à responsabilité au sein de l’association Aides et de la Ligue nationale contre le cancer. Puis elle a développé des activités de conseil en politiques de santé, au service d’institutions privées et publiques, publiant notamment en 2009 une étude pour la HAS sur la maltraitance ordinaire dans les établissements de santé. En 2013, elle est chargée par Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la santé, d’une mission sur le développement de la démocratie sanitaire dans le système de santé, avant d’être nommée inspectrice générale des affaires sociales (Igas) en 2015. Elle préside alors la concertation nationale, qui s’est tenue en 2017, en amont du lancement de la stratégie nationale pour l’autisme au sein des troubles du neuro-développement, puis est nommée déléguée interministérielle en avril 2018. Parcours classique de haut-fonctionnaire, nommé à des postes au sein d’agences non démocratiques, sans contrôle populaire ni parlementaire de son action, sans compte à rendre, restant en place malgré les changements de gouvernements et de majorité, et bénéficiant néanmoins d’un pouvoir majeur en termes de gouvernance et d’orientation des politiques sanitaires. Un comble pour quelqu’un qui est censée soutenir la « démocratie sanitaire » … Ainsi, au sein de la Délégation Interministérielle, Claire Compagnon avait notamment pour mission de piloter la mise en œuvre de la stratégie Autisme et TND, de s’assurer de sa prise en compte dans les différentes politiques ministérielles et de coordonner son déploiement territorial. Claire Compagnon revendique une action fondée sur les évidences scientifiques et les bonnes pratiques, alors que, comme nous allons le voir, elle véhicule manifestement une idéologie très décomplexée et hargneuse.

Ainsi, dans un article du Figaro de septembre 2020, Claire Compagnon pouvait-elle déplorer que la France n’ait pas encore tiré un trait sur les prises en charge psychanalytique : « ces interventions existent encore alors qu’elles ne sont pas validées sur le plan scientifique. Il est difficile de les faire s’arrêter d’un coup car il s’agit d’une culture installée. Nous essayons de transformer les pratiques grâce à un gros effort sur la formation des travailleurs sociaux et des acteurs de santé ». Indépendamment de la réalité des débats scientifiques, Claire Compagnon affirme sans ambages son ambition : éradiquer des pratiques jugées controversées, en dépit d’études récentes remettant en cause ce postulat, et imposer des méthodes « validées », bien que de plus en plus décriées quant à leur pertinence tant scientifique qu’éthique…Rappelons par ailleurs que Mme Compagnon n’a aucune expertise spécifique en ce domaine, en dehors de ses compétence juridiques…Ce qui, d’après des témoignages de professionnels, ne l’empêche pas, lorsqu’elle visite la bibliothèque d’un établissement, de faire tomber à terre tous les ouvrages concernant l’approche psychanalytique dans les troubles du spectre autistique ou du neurodéveloppement…

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Claire Compagnon revendique son désir d’imposer les protocoles rééducatifs et remédiatifs « recommandés », en mobilisant la coercition ou la sanction au besoin. Un engagement remarquable en tant que Grande Inquisitrice…Ainsi, sur les plateformes de coordination et d’orientation TND, les cliniciens se voient contraints d’utiliser certaines méthodes imposées, sans liberté dans l’exercice de leur pratique thérapeutique. Claire Compagnon s’est d’ailleurs félicité que le conseil d’État valide cette obligation, malgré la contestation de plusieurs associations de psychologues : « dans un passé pas si lointain, les personnes autistes et leurs familles ont connu des interventions inadaptées, voire maltraitantes, aboutissant souvent à des pertes de chance. En rejetant la demande d’annulation de l’arrêté du 10 mars 2021, le Conseil d’Etat vient renforcer cette exigence d’une politique publique sans aucune ambiguïté ».

Claire Compagnon s’insurge également que, « dans les services de psychiatrie : des patients autistes peuvent être attachés et sédatés, et cela pendant des années » - et pas que des autistes d’ailleurs, mais de tous ces autres, Mme Compagnon n’en a cure…. Certes, c’est absolument intolérable et abjecte. Mais quelles sont les causes réelles d’une telle ignominie ? Ne faut-il pas pointer la déliquescence programmée des institutions psychiatriques et pédopsychiatriques, les contraignant à devenir de lieux maltraitants ? Et n’est-ce pas là le résultat inique d’une politique délibérée à laquelle la déléguée interministérielle a activement contribué ? Quand on veut tuer son chien, on peut carrément lui inoculer la rage…

Manifestement, selon Claire Compagnon, les maltraitances institutionnelles à l’égard des patients autistes hospitalisés seraient inhérentes à l’emprise délétère de la psychanalyse. Pourtant, ce type d’affirmation péremptoire témoigne d’une terrible ignorance à l’égard de l’histoire de la psychothérapie institutionnelle et des mouvements de désaliénation portés par l’influence psychanalytique…Le fait est que les premiers pédopsychiatres à s’être intéressés aux singularités des enfants « divergents » et institutionnalisés, afin de leur proposer des approches resocialisantes, l’ont fait en appliquant des principes psychodynamiques. La rencontre avec ces enfants « différents » n’a pu être possible qu’à travers l’expérience de la rencontre clinique, de la prise en compte des enjeux interactifs, des affects, des mouvements transférentiels, etc. Ce qui a permis, au-delà du parcage et de la relégation, de déployer des soins pluridimensionnels ayant toujours comme finalité de soutenir les émergences subjectives et les dynamiques d’autonomisation, au-delà des normes validistes, comme pouvait par exemple en témoigner Roger Misès.

Cependant, Mme Compagnon semble véhiculer des schémas très réducteurs et univoques des troubles du spectre autistique : « à partir de l’adolescence des enfants autistes vont développer des troubles graves avec de la violence contre eux-mêmes et contre les autres. Et cette violence est souvent la non-réponse à des troubles somatiques qui n’ont pas été bien pris en charge, ni même diagnostiqués ». Ainsi, il suffirait de bien diagnostiqué des troubles somatiques pour abraser ces manifestations de violence, qui n’auraient aucun sens, aucune expressivité, au-delà d’une manifestation purement réactionnelle et physiologique…Le fait est que Mme Compagnon s’inquiète surtout, pour ne pas dire exclusivement, de l’absence de diagnostic. Ainsi, pour les adultes « cloisonnées dans des séjours longs, sans espoir », il faudrait avant tout repérer et diagnostiquer…Peut-être que l’on pourrait prioritairement garantir un accueil et des prises en charge décentes pour tous les patients ?

En tout cas, la déléguée interministérielle à l’autisme a pu revendiquer des prises de position qui ont fait réagir certaines associations d’usagers, de par leur idéologie validiste et normative sous-jacente. En effet, pour Mme Compagnon, « avec des méthodes adaptées, on peut les faire sortir de troubles majeurs » et il faut reconnaitre « qu’ils ne souffrent pas de déviances de comportements mais des conséquences de leur maladie ». Outre la forme, très condescendante et apitoyée, les représentants des personnes « neurodivergentes » pointent le fond du discours de Mme Compagnon : l’autisme serait une maladie neuropsychiatrique qu’il faut chercher à guérir, puis à éradiquer...Dans cette perspective, il serait légitime de chercher des traitements curatifs tous azimuts, « tout en fournissant des excuses aux parents maltraitants (qu’ils le soient volontairement, ou malgré eux) ». Ainsi, au cours d’une émission dénonçant les dérives de protocoles dangereux, « Mme Compagnon n’a condamné ni le recours à la chélation, ni le protocole Chronimed, se contentant de réagir (légèrement) aux « traitements » MMS, assimilables à l’absorption pure et simple d’eau de javel ».

D’autres associations soutenant la cause de la « neurodiversité » dénoncent également des positions en faveur d’un « devoir de normalisation des enfants ». « En l’absence de médicament pour « guérir l’autisme », injonction est faite aux enfants autistes d’apprendre à camoufler tout ce qui pourrait évoquer leur autisme, et à ressembler le plus possible à des personnes neurotypiques. Claire Compagnon assure à ce titre que les UEMA (Unité d’enseignement maternelle autisme, pour les enfants de 3 à 6 ans) s’occupaient d’enfants non-verbaux pour leur apprendre à parler, alors que ce n’est pas ce que les parents d’enfants autistes constatent sur le terrain. Dans la réalité, ces UEMA font bien souvent « leur marché » en refusant l’inscription des enfants dont le handicap est jugé trop important, et en acceptant des enfants diagnostiqués et déjà relativement autonomes, notamment par l’usage du langage oral ». A l’occasion du forum Futurapolis Santé 2022, Amélie Tsaag Valren va jusqu’à évoquer le « partage d’une haine commune de l’autisme entre les responsables des politiques publiques, les chercheurs, et les parents invités », s’exprimant par le « vœu de faire disparaitre l’autisme ». « Cette haine de l’autisme conduit aussi aux abus médicamenteux, aux infanticides, et aux tentatives de suicide des personnes concernées ».

Par ailleurs, les mouvements militants antivalidistes dénoncent également le lancement récent, par Claire Compagnon, de la Cohorte Marianne. Cette étude épidémiologique de grande ampleur, la première au niveau européen, vise à recruter 1700 femmes enceintes pour analyser les liens entre les modes de vie des parents ou l’exposition aux polluants chimiques du fœtus et de l’enfant dans la survenue de l’autisme et d’autres troubles du neurodéveloppement. Comme le rappelle effectivement Mme Compagnon, « nous venons de financer à hauteur de 6 millions d’euros et nous allons continuer de financer le suivi de ces femmes enceintes qui présentent – l’expression n’est pas jolie – des facteurs de risque d’avoir un nouvel enfant touché par ces troubles du neuro-développement dès lors que leur famille ou leur fratrie a déjà été frappée ». « Il s’agit de comprendre les causes de ces troubles et de disposer d’éléments précis sur leur nature et leurs causes, en suivant la trajectoire développementale de ces enfants et en regardant ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas »…Mme Compagnon espère donc repérer les bugs pour pouvoir les réparer, et rendre le programme à nouveau fonctionnel…. Or, pour les associations, « comme dans la majorité des recherches sur l’autisme, les critères éthiques seront encore une fois bafoués, car on ne sait pas ce que deviendront les données biologiques récoltées, ces prélèvements effectués sur les bébés et les enfants des mères recrutées. Pire, ces données pourront être accessibles aux entreprises pour leur propre profit » ; « historiquement les corps handicapés ont toujours servi d’objets d’expérimentation et d’enrichissement pour les médecins et universitaires, sans réparation ». De surcroit, « ce nouveau projet de recherche pluridisciplinaire est centré sur une vision pathologisante et eugéniste du neurodéveloppement », avec la volonté explicite de corriger l’autisme par des moyens médicaux. A nouveau, les moyens sont mis dans la recherche étiologique plutôt que dans l’accompagnement réel des personnes, en considérant leur singularité, leur désir et leur refus…

Mais revenons plus précisément sur les orientations idéologiques portées par Claire Compagnon auprès des instances officielles. Le 28 mars 2023, voici par exemple les propos tenus par celle-ci devant l’académie de médecine : « Un enfant sur 6 présente donc un trouble du neuro-développement. Ces troubles représentent donc aujourd’hui les « affections » les plus fréquentes chez les enfants ». Ce qui devrait incontestablement questionner quant à cette dimension extensive et fourre-tout, venant de plus en plus absorber tous les profils de souffrance et d’entrave développementale, sans différenciation ni considération des spécificités…. « Si l’on regarde la question particulière des TSA, on constate également une augmentation progressive de la prévalence du TSA. Pour les enfants âgés de 8 ans on est passé de 0.6% en 2000 à 2.3% en 2018 ». Là encore, aucun regard critique sur l’influence des critères diagnostiques, sur les conflits d’intérêt, et sur le fait d’invisibiliser de plus en plus les formes les plus graves au sein d’un spectre de plus en plus élargi et indistinct. Par ailleurs, les études majoritairement anglo-saxonnes qui produisent ces chiffres épidémiologiques sont imprégnées de biais évidents ; en effet, les systèmes de protection sociale de ces pays imposent une reconnaissance de certains diagnostics pour pouvoir bénéficier de prestations spécifiques, ce qui contribue à augmenter artificiellement la prévalence des troubles…

De toute façon, si le système de prise en charge dysfonctionne, c’est forcément de la faute des praticiens, incompétents, archaïques, incapables d’accepter le Bien et le Vrai, persistant dans leurs erreurs et leur malveillance sournoise. « Les associations et des familles témoignent au quotidien de mauvaises pratiques qui perdurent : culpabilisation, diagnostics obsolètes voire inadéquats, retards diagnostics et dans les prises en charge, faible association des familles aux soins et interventions prodigués, maintien d’interventions inappropriées, absence de réponses en termes de répit et difficultés administratives récurrentes auprès des MDPH ». Voici donc la sempiternelle rengaine, accusant l’incompétence voire la malveillance des soignants, sans pouvoir ne serait-ce qu’appréhender la nécessité d’élaborer l’incontournable culpabilité que peut ressentir tout parent d’enfant handicapé, voire n’importe quel parent d’ailleurs.... En réalité, comme en témoigne par exemple Églantine Éméyé, mère d’un enfant présentant un autisme d’intensité sévère, décédé en février dernier, les familles se retrouvent totalement livrées à elles-mêmes, faute d’institutions adaptées et d’accueils spécialisés. Dans les situations les plus tragiques, l’inclusion n’est qu’un mirage, ou un mensonge, et L’État se décharge tout simplement de sa responsabilité sur les « aidants » familiaux.

Nonobstant, voici ce qu’affirme Claire Compagnon, sans aucune humilité : « notre première ambition a été d’inscrire la science au cœur des pratiques en structurant une recherche d’excellence pour créer une nouvelle dynamique avec un écosystème structurant et renforcé en ressources humaines et moyens de recherche ». Mais où sont les effets, réels, concrets, pour les usagers ? Quelles avancées scientifiques récentes ont-elles permis des progrès en termes d’accompagnement et de prise en charge ? Ces budgets ne devraient-ils pas être consacrés prioritairement à des solutions d’accueil et de soin ?

Manifestement, ce n’est pas le souci de Claire Compagnon, qui préfère diluer, amalgamer, uniformiser, standardiser, plutôt que de discriminer et de prendre en compte les spécificités et la singularité des profils et des situations – ce qui devrait d’ailleurs être la condition primaire de toute recherche scientifique rigoureuse. « Dans le domaine de la recherche et de la clinique, l’un des changements importants est l’inscription de cette politique publique dans un cadre plus large que sont les TND. Aujourd’hui, nous le constatons chaque jour, l’inscription de l’autisme dans la référence internationale aux troubles neuro développementaux, loin d’affaiblir l’ambition générale de mieux répondre aux besoins et attentes des personnes autistes, génère des synergies, des transversalités qui profitent à tous et met en lumière la très fréquente association de plusieurs de ces troubles chez le même enfant ou chez le même adulte ». Au fond, à travers ce signifiant hégémonique de TND, on finit par englober toute la nosographie pédopsychiatrique, en saucissonnant les personnes en tranches de comorbidités. Or, comme le souligne Catherine Laval « à trop simplifier, on ne sait plus de quoi on parle »…C’est toute la finesse clinique, sémiologique, psychopathologique qui est ainsi évacuée, en faveur d’une catégorie qui regroupe des situations tellement disparates qu’elle perd toute pertinence heuristique.

Cependant, l’idéologie doit prévaloir sur la fiabilité épistémologique : « il était indispensable de faire ce choix d’une politique élargie à tous les TND à la fois pour des raisons d’efficience et d’équité ».

Dans cette logique, les soignants engagés sur des accompagnements pérennes, ayant acquis l’expérience du terrain, de la rencontre, sont tout simplement désavoués. Il est préférable de donner les moyens aux experts hors-sols, faisant des évaluations à la chaîne sans jamais éprouver l’espoir, le désarroi, la confusion, l’injustice, etc. Ainsi, « un jury international a identifié cinq centres d’excellence TSA –TND qui sont désormais l’interface entre la recherche fondamentale, la recherche clinique, les soins et la formation universitaire et dont les missions dans les prochaines années vont être encore amplifiées » - au détriment des institutions soignantes, ça va de soi….De fait, « la puissance publique ne peut se passer d’une force unie de chercheurs, unie autour de la diffusion de connaissances actualisées sur les troubles du neuro-développement ; combattant ainsi, toutes les fake news et permettant à chacun de se saisir des données de la science ». On en a la larme à l’œil… « La science, vous le savez ce sont les certitudes ». Quelle méconnaissance de l’épistémologie scientifique !…Mme Compagnon, je vous suggère de lire Gaston Bachelard, Thomas Kuhn, René Thom, Ian Hacking, ou bien Karl Popper, pour lequel la dimension scientifique d’une théorie suppose sa réfutabilité…Refuser le caractère instable, temporaire, évolutif, contestable des hypothèses scientifiques, revient tout simplement à sombrer dans une forme de lyssenkisme, c’est-à-dire une pseudo-science corrompue par l’idéologie…

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Or, pour Mme Compagnon, la science c’est « ce que l’on sait déjà. Et qui permet déjà, et depuis longtemps maintenant, de ne plus culpabiliser stupidement les mères, les parents, l’environnement, quand un enfant ne va pas bien, qu’il développe des troubles ». Évidemment, ce qui est visé ainsi, c’est la psychanalyse, et toute approche qui prendrait en compte les enjeux relationnels, affectifs, l’histoire, les conditions de vie, les traumatismes, les responsabilités collectives et politiques, etc., sans pour autant exclure les vulnérabilités génétiques ni chercher à définir une cause ou une responsabilité…

Dès lors, « ces certitudes, il faut les diffuser, les imposer. Ne plus accepter leur remise en cause par des personnes qui diffusent des fausses informations voire les portent en étendard dans leurs pratiques quotidiennes ». Incontestablement, Mme Compagnon connaît le Vrai, et veut donc contraindre les hérétiques à accepter une bonne fois pour toute ses postulats dogmatiques, en éliminant le débat, la controverse, la confrontation – qui sont pourtant les conditions indispensables de la Science…

Pour Mme Compagnon, « l’un des acquis certains de cette période est l’affirmation sans ambiguïté par les pouvoirs publics que les théories anciennes tentant d’expliquer l’autisme sont aujourd’hui révoquées pour leur manque de fondement scientifique ». Depuis quand les pouvoirs publics sont-ils légitimes pour désigner ce qui est scientifique, et ce qui ne l’est pas ?
Néanmoins, « il faudra continuer le travail visant à imposer l’application des recommandations de bonnes pratiques à l’ensemble des professionnels »…ça tombe bien ; désormais nommée experte à la HAS, du fait de ses compétence scientifiques validées par les preuves, Mme Compagnon pourra continuer à désigner ce qui est Vrai, et ce qui est du registre de l’obscurantisme réactionnaire. Toute ressemblance avec certains régimes politiques ne pourrait être que fortuite…

Au-delà des intentions politiques, Mme Compagnon manifeste un réalisme très naïf, soutenant qu’un instrument diagnostic vient mettre à jour une entité naturelle, immuable, ayant une essence intrinsèque, indépendamment des modalités de l’évaluation. Selon cette position épistémique, l’opération diagnostique viendrait dire le réel, indépendamment des représentations, catégories construites, conceptions, enjeux socio-culturels...A contrario, on pourrait affirmer que la catégorisation nosographique de la souffrance psychique relève d’une forme de constructivisme, c’est-à-dire d’une interprétation située venant orienter les modalités même de mesure et d’évaluation.

Ainsi, Mme Compagnon, à l’instar de tant d’autres, est manifestement habitée par un fantasme : il suffirait de diagnostiquer, le plus tôt possible, pour garantir l’absence de préjudice en termes de devenir : « un autre aspect essentiel de notre travail a été la construction d’une politique de repérage et d’intervention précoce de l’ensemble des troubles du neuro-développement chez les enfants de moins de 7 ans, pour mettre fin aux pertes de chance faute d’interventions adaptées, ou parce qu’elles seraient enclenchées trop tardivement ». Dépister, repérer, certes, si c’est pour identifier des facteurs de risque, des profils de vulnérabilité, et proposer des interventions évitant l’enfermement précoce dans un destin. Or, ce que propose Mme Compagnon, c’est au contraire un étiquetage définitif, une catégorisation identitaire, une mise en filière dès le plus jeune âge, sans que les prises en charge suivent au décours, de façon pérenne et coordonnée. Mme Compagnon imagine peut-être qu’en saupoudrant quelques interventions éparpillées, éphémères, et standardisées, tout ira pour le mieux…De partout, les témoignages de saturation, de délaissement, de discontinuités, de désorganisation affluent. Mais, pour Mme Compagnon, « c’est à la fois vertigineux et à la fois une très bonne nouvelle ». Et ce sont, évidemment, les situations les plus tragiques et douloureuses, qui sont prioritairement reléguées, au détriment des situations médiatiquement et politiquement plus rentables, mises en lumière pour camoufler les carences ineptes : « le sujet touche maintenant bien plus de publics notamment par l’action que nous avons menée pour lutter contre une vision erronée de ces handicaps dit invisibles, de positionner de l’information sur ces troubles là où elle est attendue et surtout là où elle n’existait pas… ». Ou l’art de détourner le regard…

Le 3 mai dernier, avait lieu à l’assemblée nationale une séance de la Commission des Affaires Sociales autour notamment de la question de la prise en charge de l’autisme. A cette occasion, étaient auditionnés des associations de représentants d’usagers, le Dr Pierre Gabach, chef du service des bonnes pratiques de la Haute Autorité de santé, sur la prise en charge de l’autisme, ainsi que Mme Compagnon. Vous noterez qu’aucun « soignant de terrain » n’était convié, de façon à éviter toute prise en compte de la réalité de la situation en pratique, et à éliminer tout discours potentiellement contradictoire. Vive la démocratie sanitaire !

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La prise de parole de Mme Compagnon vaut à nouveau le détour : « les chiffres sont abyssaux, je ne trouve pas d’autre mot. Nous trouvons dans cette catégorie générale des troubles du neuro-développement, les troubles du spectre de l’autisme, les troubles dys, les troubles du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH) et les troubles du développement intellectuel que l’on appelait auparavant, selon un terme regrettable, la déficience intellectuelle. Si nous regardons ces troubles, contrairement à ce qui vous a été dit tout à l’heure, ce n’est pas pour les noyer dans une espèce de sac dans lequel on ne ferait pas la distinction. C’est parce que ces troubles ont beaucoup d’éléments communs.
Quand je parle de données abyssales, c’est qu’aujourd’hui, un enfant sur six présente un trouble du neuro-développement. Ce sont les dernières études internationales. Nous sommes à presque 18 % de prévalence de ces troubles, soit un enfant sur six. C’est aujourd’hui l’affection, le handicap le plus fréquent et le plus grave chez les enfants. Je le répète, un enfant sur six ». Donc, Mme Compagnon nous dit, d’un côté, qu’il ne s’agit pas de tout fourrer dans le même panier, de façon indifférenciée, tout en annonçant, de l’autre, non sans une certaine jouissance dramatique, qu’en moyenne 5 enfants par classe présenteraient le handicap le plus grave…Ici, il n’est plus question de clinique, de singularité, de spécificité. On amalgame, on superpose, on recouvre. Comment discriminer dans ces conditions, comment comprendre, comment accompagner ?

Pourtant, « c’est aujourd’hui la France qui coordonne des équipes de recherche internationales dans le programme Euranet » ; ça promet du travail de qualité, quand on sait que toute procédure scientifique rigoureuse commence par distinguer clairement des phénomènes caractéristiques.

Heureusement que Mme Compagnon est là pour éclairer tous ces cliniciens ignares, et nous parler, enfin, « de la méconnaissance des sujets et de ce qu’il convenait de faire »

« On parle beaucoup de psychanalyse et autisme, mais on pourrait dire la même chose sur le TDAH. Il s’agissait de mettre en œuvre les bonnes pratiques d’accompagnement des personnes. Nous savons mieux aujourd’hui, comme l’a dit le docteur Gabach, ce qu’il convient de faire, ce qui est opérant, ce qui fait consensus à l’international, pour accompagner les personnes dans la phase de repérage, dans la phase de diagnostic et bien évidemment pour répondre à leurs besoins tout au long de leur vie ». Et oui, même si elle n’est pas, de son aveu même, « une spécialiste de la recherche » Mme Compagnon sait tout de même ce qu’il faut faire, du début jusqu’à la fin, car la vérité lui a été révélée ; pas d’atermoiement, pas d’hésitation, aucun doute. Tous logés à la même enseigne, tous soumis aux mêmes protocoles, aux mêmes traitements. Et on va enfin dans la bonne direction : entre 2010 et 2021, l’estimation de la prévalence de la consommation de psychotropes chez l’enfant a connu l’évolution suivante : +148 % pour les psychostimulants….

Mme Compagnon est incontestablement en mission divine pour délivrer la bonne parole experte auprès de ces incompétents de praticiens : « nous avons une difficulté, qui s’exprime à la fois dans la formation initiale des professionnels, mais aussi dans leurs pratiques et encore dans la psychiatrie et la pédopsychiatrie : des pratiques qui ne sont pas pertinentes. Si nous reprenons les recommandations de la Haute Autorité de santé, elles ne sont pas consensuelles sur le mode d’approche et le mode d’accompagnement des personnes ».

Mme Compagnon reçoit ses commandements des plus hautes sphères, celles qui détiennent la vérité : « j’ai passé beaucoup de temps ces cinq dernières années à recevoir un message sans ambiguïté de la part des pouvoirs publics, consistant à rappeler le consensus international sur ce qu’il convient de faire et sur le fait que la psychanalyse n’est pas une thérapeutique de l’autisme. Je le dis avec force, l’endroit s’y prête, je crois qu’il faut avoir conscience de cela. Il ne s’agit pas de contester ou de dire d’autres choses sur le rôle de la psychanalyse, ce n’est pas mon sujet. En tous les cas, sur le plan international, aujourd’hui, nous savons que ce ne sont pas des modes d’intervention adaptés ». Nous, nous savons…dès lors, nous allons implémenter et diffuser la Vérité ; « ce temps d’implémentation n’est pas le temps des familles ni des personnes qui demandent à ce que les choses aillent vite. Je dois prendre en compte la nécessité de cette transformation des pratiques. J’ai entendu vos interlocuteurs dire leur regret de ne pas voir de sanction, de coercition ». Quel dommage que les bonnes vieilles méthodes punitives, voire inquisitrices ne puissent plus avoir lieu, pour garantir la conformité et éliminer les résistants.

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Et puis, dans cette optique, il faudra également raser ce qui reste d’institutions, en transformant les écoles en dispositifs de rééducation : « l’une des pistes annoncées par le Président de la République lors de la Conférence nationale du handicap est la possibilité que l’école s’ouvre plus largement à l’intervention de professionnels de santé, de psychomotriciens, d’orthophonistes, de professionnels du médicosocial. Au lieu d’amener les familles à faire ce parcours du combattant, il faudrait que l’école accueille ces moyens et ces professionnels pour que les écoliers reçoivent ces soins en plus du travail éducatif et pédagogique ». L’école, qui n’a déjà pas les moyens d’enseigner devra, en toute simplicité, traiter et normaliser, de surcroit…

Mme Compagnon manifeste un certain acharnement pour affirmer que les Troubles du Neurodéveloppement ne sont pas influencés par des facteurs d’environnement, avec des enjeux socio-politiques sous-jacents : « nous savons avec certitude que les troubles du spectre de l’autisme procèdent d’un certain nombre de causes clairement identifiées. Ce sont des facteurs génétiques, avec des dizaines et des dizaines de gènes responsables, qui jouent un rôle, quoique peut-être pas central, dans la survenue de ces troubles ». « Nous savons aussi, grâce aux évolutions de la recherche et de l’imagerie cérébrale, que les troubles prennent leur source pendant la vie fœtale et qu’ils sont préalables à la naissance ». Il faudrait en tout cas réfuter l’idée saugrenue que les dynamiques relationnelles, affectives, en rapport avec des circonstances particulières puissent jouer un rôle dans les trajectoires développementales des enfants…Car, « ces théories anciennes » et « infondées » rappelleraient « l’histoire dramatique de la France sur l’autisme » … Tous les cliniciens qui ont lutté pour la désaliénation, pour des pratiques soignantes émancipatrices, pour la psychothérapie institutionnelle, pour la défense des Droits, peuvent aller se faire voir. Par contre, les pratiques influencées par l’organicisme (lobotomie, électrochocs, sur-médication, etc.) ne constituent manifestement pas une dérive pour Mme Compagnon…

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Rappelons tout de même que de nombreuses études confirment de façon très significative l’influence des conditions de vie dans la petite enfance sur le développement sensori-moteur, cognitif et affectif. Ainsi, en évaluant le développement des enfants de moins de 6 ans et leurs comportements adaptatifs, l’étude ENFAMS a révélé une forte prévalence de retard de développement (80,9 %) chez les enfants sans-domicile, notamment liée à la pauvreté, au défaut de recours aux soins et au stress parental (effets cumulatifs des conditions de vie délétères). Est-ce là culpabiliser les parents, ou pointer les responsabilités politiques et les négligences tragiques à l’égard des enfants ? Par ailleurs, plusieurs études ont souligné une corrélation significative entre risques sociaux et troubles attentionnels…De surcroit, il est observé une prévalence d’autisme « anormalement » élevé dans certaines communautés d’immigrés. D’après certaines méta-analyses, les conditions migratoires constitueraient ainsi un facteur de risque non négligeable, avec un risque accru de développer un autisme avec déficience intellectuelle chez les enfants nés dans l’année qui suit le parcours migratoire maternel…En outre, les enfants nés de femmes originaires de zones de guerre anciennes ou actuelles pourraient être plus spécifiquement concernés par l’autisme... Des chercheurs ont également constaté que l’autisme était 76% plus fréquent chez les enfants de femmes noires nées а l’étranger, par rapport aux enfants de femmes blanches nées aux Etats-Unis.

Dans la Cohorte de naissance de l’Etude Longitudinale Française depuis l’Enfance (étude Elfe), initiée en 2011, les enfants d’immigrants peuvent être plus à risque de montrer ces signes avant-coureurs de TND, par rapport aux enfants de non-immigrants.

Tout cela confirme manifestement l’impact du stress maternel, en rapport avec l’étayage social, le sentiment de menace et de discrimination, le vécu de "désarrimage" communautaire, etc., entrant en synergie avec les vulnérabilités génétiques. Est-ce « dramatique » de le souligner ?

En l’occurrence, ce que Claire Compagnon, dans sa bienveillance familialiste, ne peut comprendre, c’est qu’une « mère », cela n’existe pas indépendamment de certains arrière-plans : histoire personnelle et collective, contexte socio-historique, conditions matériels, vécus traumatiques, transmission générationnelle, étayage communautaire, dimension symbolique, etc. Dès lors, les « ratés interactifs » ne sont pas imputables à la figure maternelle, mais à la convergence de tout un ensemble de facteurs, qui peuvent s’intriquer dans une spirale délétère : tempérament spécifique du bébé, sentiment de sécurité et de portage, tant sur le plan matériel qu’affectif, disponibilité, présence d’aidants, rituels et mises en sens, complexes fantasmatiques spécifiques, etc.

Or, l’hégémonie du concept de Trouble Neurodéveloppemental n’incite pas à rechercher les causes environnementales des éventuelles entraves dans le devenir d’un enfant, telles que la maltraitance, l’insécurité, les adversités situationnelles, l’anxiété générée par une situation familiale difficile ou l’exposition excessive aux perturbateurs attentionnels.

A ce propos, selon Claire Compagnon, « il n’y a pas d’étude sérieuse qui fasse le lien entre ces troubles et l’usage des écrans », point barre. D’ailleurs, cette grande experte développe un argument imparable, d’une très grande portée heuristique : « il y avait des situations d’autisme au début du siècle dernier, puisqu’ils ont été identifiés dans les années 1950, et il n’y avait pas d’écran à cette époque » - manifestement, Mme Compagnon n’en est pas à une contradiction près, puisqu’elle nous alerte avec emphase sur l’explosion épidémiologique des TND depuis quelques années…Rappelons également qu’un facteur favorisant, sur un terrain prédisposé, ne constitue par une causalité étiologique…

Par ailleurs, rappelons par exemple qu’une étude japonaise récente publiée dans JAMA Pediatrics montre que les enfants exposés précocement aux écrans (dès 1 an) présenteront plus de symptômes autistiques que les non exposés. De plus, le risque d’évolution d’un profil autistique augmente avec l’intensité de l’exposition (de 1h à plus de 4 h par jour) ….

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Où l’on perçoit tout de même la très grande fragilité des affirmations péremptoires de cette spécialiste autoproclamée.

Néanmoins, à partir de ce canevas idéologique bien bancal, il s’agit véritablement de mettre au pas les professionnels et d’évincer toute dissidence : « il y a évidemment une responsabilité de l’État et des collectivités locales dans leur mission de tutelle ». Ainsi, Mme Compagnon préconise « des missions de contrôle dans les établissements pour vérifier l’adéquation de l’accompagnement proposé avec ce qui est attendu ». « C’est un point essentiel et, en termes de politique publique, il est important d’être à la fois dans l’accompagnement des professionnels des structures, dans l’attribution des moyens qui leur permettent de fonctionner, et dans la vérification que leur travail corresponde aux recommandations de la Haute Autorité de santé ». Ainsi, Mme Compagnon se soucie davantage de mise en conformité plutôt que de la prise en compte de la qualité réelle des interventions ou de leur ajustement aux situations concrètes…Où l’on perçoit à nouveau l’emprise de l’idéologie managériale, avec sa volonté de tout protocoliser, standardiser, normer, en scotomisant les aspérités du réel, la singularité des existences, et l’imprévisible des rencontres…

Dès lors, au-delà des pratiques, c’est la formation même qui doit être épurée, en exerçant une ingérence au sein des contenus pédagogiques des universités. Ainsi, l’équipe de Mme Compagnon a procédé à une « analyse précise d’un certain nombre de diplômes universitaires sur nos sujets » ; « nous avons repéré les difficultés, en raison de théories peu pertinentes sur le plan scientifique, en termes de contenu et de pédagogie ». Et Mme Compagnon d’exhorter la Commission des Affaires Sociales à auditionner la ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche, afin de définitivement soumettre les Universités à l’orthodoxie d’État. Toute ressemblance avec certains régimes ne serait être que fortuite…

Face au désarroi des familles qui expriment leur désarroi quant aux manques de places dans des institutions spécialisées, Mme Compagnon se sent en « tension élevée ». Car, pour elle, cela n’est pas forcément compréhensible, dans la mesure où « on pourrait proposer des choses d’un autre ordre à ces familles. La seule réponse en termes de places n’est pas satisfaisante ». Vous avez dit mépris et culpabilisation ?

Heureusement, le Président de la République a annoncé la création de « 50 000 nouvelles solutions ». Quant à savoir ce que cela veut dire…. « On parle beaucoup des dispositifs en plateforme » ; ah oui, d’accord, c’est plus explicite.

En tout cas, face à un tel degré de mésinformation, de déni de la réalité, de surplomb, de condescendance, de triomphalisme, etc., on peut comprendre que les parlementaires soient à côté de la plaque pour vraiment comprendre les enjeux. Peut-être leur faudrait-il aussi entendre les acteurs de terrain, ceux qui ont les mains dans le cambouis, qui se frottent à la détresse, qui tentent de faire face, qui luttent au quotidien – plutôt que des experts hors-sols, véhiculant des rengaines idéologiques totalement déconnectées ?

Lors de cette audition à la Commission des Affaires Sociales, une question de Sandrine Rousseau souligne à quel point les députés peuvent être désajustés dans leur compréhension des problématiques du terrain - alors même qu’il s’agit d’une femme politique dont les engagements et les combats paraissent nécessaires et justes… « Je vous remercie pour cette présentation, très centrée sur le diagnostic et le sous-diagnostic de l’autisme et du spectre autistique. Nous savons que le sous-diagnostic a aussi pour conséquence les pensées suicidaires et les tentatives de suicide, avec une faible estime de soi et une fragilisation du parcours (…). Mon second point concerne l’inégalité femme-homme. Nous savons que les femmes et les filles sont beaucoup moins diagnostiquées que les hommes et les garçons. Ce sont des discriminations dans le diagnostic et le traitement. De quelle manière réduire ces inégalités ? »

Voilà où on en arrive : les tentatives de suicide seraient la conséquence d’un sous-diagnostic…Et le sous-diagnostic serait en rapport avec des discrimination de genre…Ma foi, de tels constats soulignent à quel point le rabâchage idéologique a bien infusé dans le corps social.

Mme Rousseau, on ne commet pas une tentative de suicide du fait d’une absence de diagnostic, mais parce qu’on souffre trop – et qu’éventuellement on ne bénéficie pas d’une reconnaissance soignante de ce mal-être. Par ailleurs, les situations les plus lourdes de troubles autistiques et du développement, avec des comorbidités telles que la déficience intellectuelle ou les manifestations épileptiques, concernent majoritairement des garçons, du fait de fragilités spécifiques sur le plan génétique et environnemental. C’est un fait, et non pas une tragique discrimination envers les filles, ne vous en déplaise…

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Au fond, ces canevas idéologiques en arrivent toujours à nier les réalités désagréables, mais aussi à scotomiser les violences les plus indicibles. Il faudra donc poursuivre cette exploration. A suivre...